Ces notes sont issues de plusieurs lectures, témoignages et recherches mais principalement du livre d’Yvette Bourumeau « Morthemer, un village une histoire » et du manuscrit de Brothier de Rollière.
Né à Dissay en 1859 et mort à
Paris en 1917, il était à la fois ingénieur, collectionneur, historien,
mondain..
Il a vécu plusieurs années à Morthemer dans ce qu’il appelait un peu pompeusement
le « château de Rollière » ensuite occupé par le docteur Crochet.
Lors de son séjour à Morthemer, il a eu l’excellente idée de rédiger près de 400 pages de notes qu’il souhaitait certainement publier, ce qui n’a jamais été fait
· - Que Brothier a pu recueillir de nombreux témoignages instructifs des habitants de Morthemer en cette fin de 19°s.
· - Qu’il a, à plusieurs reprises, documenté son manuscrit avec des croquis qui semblent dignes de foi.
Le bâti de cette rue a bien sûr évolué à plusieurs reprises entre le XI°s, qui est la mention la plus ancienne, et le XIX°s. Mais, depuis son origine, cette voie a toujours relié deux bâtiments majeurs de Morthemer : le donjon et le prieuré Saint Christophe de Montierneuf.
Si le nombre d’étymologies différentes qu’il cite est difficile à vérifier, il semble tout de même acquis que La Cousue » désigne la petite côte.
Dans certains textes, nous trouvons également l’appellation de « La cousue montarnu ». Montarnu est une contraction en patois local pour Montierneuf*, du nom du prieuré.
En résumé, il était trop long de dire ou d’écrire « la rue de la petite côte qui va vers le prieuré St Christophe de Montierneuf ». Ce fut donc la Cousue Montarnu et maintenant la Cousue.
Copie du manuscrit de Brothier
de Rollière sur l’étymologie de « La Cousue »
Le prieuré St
Christophe d’après les notes d’Yvette Bourumeau:
Il occupait la partie la plus au nord de Morthemer.
Aujourd’hui, il ne reste presque aucune trace au sol de
cet ensemble, seules quelques pierres sculptées peuvent lui être attribuées
ainsi que l’emplacement de ce qui a pu être un silo à grain dans l’actuel
cimetière.
Il occupait le haut de la rue de la Cousue, l’emplacement
de l’église se situait au carrefour de cette rue avec la D18. La croix, toujours
visible près de ce carrefour, pourrait marquer l’emplacement du chœur de cette
chapelle.
La partie droite du cimetière actuel était le cimetière primitif situé dans
l’enceinte de ce prieuré, de nombreux sarcophages y ont été trouvés.
Datation : ce prieuré a pu exister dès la seconde
moitié du X°s. Il est documenté de manière certaine en 1090 dans le cartulaire
de l’abbaye St Cyprien de Poitiers. C’est la date à laquelle le prieuré St
Christophe fut donné à l’abbaye St Cyprien par Ingelemus, seigneur de Morthemer
et ses frères.
« Ingelelmus
de Mortuo Mari fratesque ejus Seguinonus, Petrus, Launus, et Lucia uxor ejus,
filiique ipsorum Ingelelmus, Petrus, Bernardus, concesserunt monachis Sancti
Cipriani ecclesiam Sancti Christofori que est in cimitterio….. »
Ce court texte extrait du cartulaire de St Cyprien nous
apprend énormément de choses :
-
La date de donation de 1090 qui nous informe que ce prieuré était
construit et consacré avant cette date.
-
Le nom du seigneur de Morthemer à cette époque
-
Le fait que ce prieuré était « dans le cimetière » ce qui donne
un aperçu de la configuration des lieux.
Par ce texte de 1684, nous savons que son implantation n’est pas due au
hasard, tout comme celle du bourg de Morthemer.
« ……joignant
le chemin de Morthemer à Laumosnerie autrefois le grand chemin de Poictiers à
Limoge à main dextre, d’autre au jardin du prieuré de Morthemer…… »
Plusieurs voies de communication entre Poitiers et Limoges existaient mais une des principales semble être celle passant par Morthemer (venant de Poitiers puis Mignaloux, Savigny l’Evescault et Tercé pour rejoindre Civaux).
Le prieuré a certainement
souffert de ces conflits, soit militairement, soit par manque de moyens pour
assurer sa subsistance.
Nous savons qu’en 1775, l’abbé
et l’évêque de Poitiers sont intervenus pour demander sa démolition. A cette
date, ce prieuré et principalement la chapelle étaient déjà très détériorés et
presque en ruine depuis des « temps immémoriaux » selon l’abbé (des ormeaux
poussaient dans la chapelle qui n’avait plus de couverture).
Ce qui restait des ruines a
été détruit sur ordre de Conseil du roi à la fin du XVIII°s.
Ce que nous savons de la Cousue entre le prieuré et le
château
Finalement, assez peu de
choses.
Si l’on reprend le texte
indiquant que le « grand chemin de Poitiers à Limoges » longeait le
jardin du prieuré, il semble bien que la Cousue fut la voie d’accès principale
à Morthemer.
Magnifique description, trop
belle pour refléter toute la réalité historique.
Certains éléments sont réels
(l’église de Montierneuf, le château), d’autres plausibles mais impossibles à vérifier.
Une maison du Sénéchal existait au XIV°s ? Possible mais aussi possiblement
inventé par Brothier. Tout comme la prison qui certes a existé mais pas
forcément du temps de Chandos et de l’historien Froissard qui aurait pris la
peine de la décrire ?
Dans cette courte illustration
de l’entrée de Chandos à Morthemer pendant la Guerre de 100 ans, c’est le
passage du pont-levis qui suscite de sérieux doutes.
Qu’il y ait eu un mur, une
enceinte fortifiée protégeant l’accès au donjon est plausible. Mais un pont
levis ici : sur quelle douve, sur quel fossé ? Nous sommes à 30m au
dessus de l’eau et sur un banc de calcaire affleurant.
C’est toute la difficulté avec
Brothier de Rollière qui navigue entre réalité historique et imagination
débordante.
La maison du Sénéchal
Brothier de Rollière, cette
fois plus crédible dans son costume de témoin de son époque, décrit ainsi cette
demeure qu’il baptise Maison du Sénéchal avec sa tourelle d’escalier disparue.
Le souterrain était connu de
Brothier, l’escalier qui y mène a donc du être comblé et fermé au début du XX°s. Il précise que le souterrain était déjà aveuglé.
A ce stade, toutes les
hypothèses sont encore permises. Nous savons que côté sud, le long de la Dive,
le bas-village était protégé par une enceinte.
Qu’en est-il du côté nord
entre le prieuré et la Cousue ? L’éperon rocheux surplombant Bourpeuil à
l’ouest et formant la côte de l’église à l’est pouvait servir de rempart
naturel mais l’accès par le nord (cimetière et prieuré) semble trop dégagé
pour ne jamais avoir été fortifié.
La maison du Sénéchal
faisait-elle partie d’un système défensif ? Est-elle plus ancienne que ce
que les ornements de façade nous en disent ?
Le souterrain avec quelques voutes en plein cintre le laisse
penser.
Brothier mentionne à plusieurs
reprises l’existence d’une prison qui a pour nom la Goule hardie ou la
Goularderie.
Cette prison est bien une
réalité, c’est un souterrain plongeant à une dizaine de mètres et s’étendant
sur environ 20m. A son extrémité se trouvait une minuscule salle. Les anciens y
ont vu les anneaux scellés au mur et des chaînes. Encore présents au début du XX°s, ils ont disparu maintenant.
Entre la prison et le château,
le parc et la maison bourgeoise actuels sont de création récente datant de la seconde moitié du XX°s.
Avant cette construction, la terre appartenait bien sûr au château et était appelée « la garenne ». En remontant le temps, il semble que cette « garenne » ait été le champ de foire de Morthemer qui a ensuite été déplacé vers le « Carrefour du chêne de la Dispute » où une foire s’est tenue jusqu’à la 2° guerre mondiale.
Le château et l’église
Sur cet ensemble, nous avons
de nombreuses informations, documents et textes mais le tout émaillé de grandes
zones d’ombre et d’incertitudes.
Les premières citations
retrouvées concernant les seigneurs de Morthemer datent de la fin du X°s.
La première mention du village et de son château dans les textes date de 1077
La première mention de
l’église Notre Dame date de 1110.
La construction du donjon a
été réalisée entre 1100 et 1200.
Plusieurs campagnes de
reconstruction, de modifications, de fortifications pour le donjon et l’église se
sont succédées.
Le « petit château »
reliant le donjon à l’église date du XVII°s
La restauration du château par
Emile Boeswillwald, un élève de Violet le Duc a été effectuée entre 1862 et
1873. Avant cette restauration, l’ensemble avait une allure bien plus médiévale
comme en témoigne cette photo prise aux alentours de 1860.
Sources :
Article rédigé par Patrice Boileau




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