Notes sur l'histoire de la Cousue - 1090

 


Ces notes sont issues de plusieurs lectures, témoignages et recherches mais principalement du livre d’Yvette Bourumeau « Morthemer, un village une histoire » et du manuscrit de Brothier de Rollière.

 Quelques mots sur Brothier de Rollière, personnage à plusieurs facettes.

Né à Dissay en 1859 et mort à Paris en 1917, il était à la fois ingénieur, collectionneur, historien, mondain..
Il a vécu plusieurs années à Morthemer dans ce qu’il appelait un peu pompeusement le « château de Rollière » ensuite occupé par le docteur Crochet.

Lors de son séjour à Morthemer, il a eu l’excellente idée de rédiger près de 400 pages de notes qu’il souhaitait certainement publier, ce qui n’a jamais été fait

Monsieur Calmon, ancien maire de Morthemer et professeur agrégé d’histoire s’est penché sur ces notes et nous partageons l’analyse qu’il en fait, à savoir :
    Qu’il convient de faire la part entre le fantaisiste tout droit sorti de son imagination et les descriptions réellement documentées.
 
·      -  Que Brothier de Rollière a certainement eu accès à des sources documentaires aujourd’hui introuvables, provenant peut-être de l’ancienne bibliothèque du château certainement très riche à l’époque du baron de Soubeyran puis du comte de Beauchamp contemporains de Brothier.

·       - Que Brothier a pu recueillir de nombreux témoignages instructifs  des habitants de Morthemer en cette fin de 19°s.

·         - Qu’il a, à plusieurs reprises, documenté son manuscrit avec des croquis qui semblent dignes de foi.

 Cette présentation du personnage est destinée à vous alerter sur la nécessité d’être très prudent avec cette source.

 En recoupant les différents écrits, les recherches d’archives et sur le terrain, il est possible de se faire une idée de l’organisation générale de la rue de la Cousue.

Le bâti de cette rue a bien sûr évolué à plusieurs reprises entre le XI°s, qui est la mention la plus ancienne, et le XIX°s. Mais, depuis son origine, cette voie a toujours relié deux bâtiments majeurs de Morthemer : le donjon et le prieuré Saint Christophe de Montierneuf.

 Sur l’origine du nom de « La Cousue », voici ce qu’en dit Brothier de Rollière dans ses notes.

Si le nombre d’étymologies différentes qu’il cite est difficile à vérifier, il semble tout de même acquis que La Cousue » désigne la petite côte.

Dans certains textes, nous trouvons également l’appellation de « La cousue montarnu ». Montarnu est une contraction en patois local pour Montierneuf*, du nom du prieuré. 

En résumé, il était trop long de dire ou d’écrire « la rue de la petite côte qui va vers le prieuré St Christophe de Montierneuf ». Ce fut donc la Cousue Montarnu et maintenant la Cousue.

 *Montierneuf = Moustier neuf en ancien français soit le monastère neuf.

 


Copie du manuscrit de Brothier de Rollière sur l’étymologie de « La Cousue »

 

Le prieuré St Christophe d’après les notes d’Yvette Bourumeau:

Il occupait la partie la plus au nord de Morthemer.

Aujourd’hui, il ne reste presque aucune trace au sol de cet ensemble, seules quelques pierres sculptées peuvent lui être attribuées ainsi que l’emplacement de ce qui a pu être un silo à grain dans l’actuel cimetière.

Il occupait le haut de la rue de la Cousue, l’emplacement de l’église se situait au carrefour de cette rue avec la D18. La croix, toujours visible près de ce carrefour, pourrait marquer l’emplacement du chœur de cette chapelle.
La partie droite du cimetière actuel était le cimetière primitif situé dans l’enceinte de ce prieuré, de nombreux sarcophages y ont été trouvés.

Datation : ce prieuré a pu exister dès la seconde moitié du X°s. Il est documenté de manière certaine en 1090 dans le cartulaire de l’abbaye St Cyprien de Poitiers. C’est la date à laquelle le prieuré St Christophe fut donné à l’abbaye St Cyprien par Ingelemus, seigneur de Morthemer et ses frères.

« Ingelelmus de Mortuo Mari fratesque ejus Seguinonus, Petrus, Launus, et Lucia uxor ejus, filiique ipsorum Ingelelmus, Petrus, Bernardus, concesserunt monachis Sancti Cipriani ecclesiam Sancti Christofori que est in cimitterio….. »

Ce court texte extrait du cartulaire de St Cyprien nous apprend énormément de choses :

-          La date de donation de 1090 qui nous informe que ce prieuré était construit et consacré avant cette date.

-          Le nom du seigneur de Morthemer à cette époque

-          Le fait que ce prieuré était « dans le cimetière » ce qui donne un aperçu de la configuration des lieux.

 Ce prieuré a existé à minima du XI°s au XVIII°s. 

Par ce texte de 1684, nous savons que son implantation n’est pas due au hasard, tout comme celle du bourg de Morthemer.

« ……joignant le chemin de Morthemer à Laumosnerie autrefois le grand chemin de Poictiers à Limoge à main dextre, d’autre au jardin du prieuré de Morthemer…… »

Plusieurs voies de communication entre Poitiers et Limoges existaient mais une des principales semble être celle passant par Morthemer (venant de Poitiers puis Mignaloux, Savigny l’Evescault et Tercé pour rejoindre Civaux).

 Pendant tout le moyen-âge, Morthemer a été une place fortifiée et le fief d’une très puissante châtellenie, la plus importante du Poitou à une époque. Ce qui n’a pas manqué d’en faire une cible de choix lors de la guerre de 100 ans (1337 / 1453) puis des guerres de religion (1562 / 1598).

Le prieuré a certainement souffert de ces conflits, soit militairement, soit par manque de moyens pour assurer sa subsistance.

Nous savons qu’en 1775, l’abbé et l’évêque de Poitiers sont intervenus pour demander sa démolition. A cette date, ce prieuré et principalement la chapelle étaient déjà très détériorés et presque en ruine depuis des « temps immémoriaux » selon l’abbé (des ormeaux poussaient dans la chapelle qui n’avait plus de couverture).

Ce qui restait des ruines a été détruit sur ordre de Conseil du roi à la fin du XVIII°s.

 

Ce que nous savons de la Cousue entre le prieuré et le château

Finalement, assez peu de choses.

Si l’on reprend le texte indiquant que le « grand chemin de Poitiers à Limoges » longeait le jardin du prieuré, il semble bien que la Cousue fut la voie d’accès principale à Morthemer.

 « ……joignant le chemin de Morthemer à Laumosnerie autrefois le grand chemin de Poictiers à Limoge à main dextre, d’autre au jardin du prieuré de Morthemer…… »

 Brothier de Rollière nous offre une magnifique description de cette voie empruntée par le connétable Chandos en 1369. Bien que Brothier de Rollière semble s’appuyer sur le récit de l’historien Froissard (historien « officiel » contemporain de Chandos), on ne peut que douter de la transcription très romanesque qu’il en fait.

Copie du manuscrit de Brothier de Rollière sur l’entrée de Chandos à Morthemer

 « Il (Chandos) descendait lentement l’étroit chemin de la Coustue, passait successivement devant l’église de Montierneuf, la maison du Sénéchal, la prison de la Goule Hardi et arrivait à la porte haute du château. Le pont levis est levé, de son épée, l’écuyer heurte à la porte…. »

Magnifique description, trop belle pour refléter toute la réalité historique.

Certains éléments sont réels (l’église de Montierneuf, le château), d’autres plausibles mais impossibles à vérifier. Une maison du Sénéchal existait au XIV°s ? Possible mais aussi possiblement inventé par Brothier. Tout comme la prison qui certes a existé mais pas forcément du temps de Chandos et de l’historien Froissard qui aurait pris la peine de la décrire ?

Dans cette courte illustration de l’entrée de Chandos à Morthemer pendant la Guerre de 100 ans, c’est le passage du pont-levis qui suscite de sérieux doutes.

Qu’il y ait eu un mur, une enceinte fortifiée protégeant l’accès au donjon est plausible. Mais un pont levis ici : sur quelle douve, sur quel fossé ? Nous sommes à 30m au dessus de l’eau et sur un banc de calcaire affleurant.

 Un pont-levis a bien existé mais en bas de Morthemer, sur la Dive et l’on en voit toujours les restes.

C’est toute la difficulté avec Brothier de Rollière qui navigue entre réalité historique et imagination débordante.

La maison du Sénéchal

Brothier de Rollière, cette fois plus crédible dans son costume de témoin de son époque, décrit ainsi cette demeure qu’il baptise Maison du Sénéchal avec sa tourelle d’escalier disparue.


            Copie du manuscrit de Brothier de Rollière :description de la maison du Sénéchal

 Si cette maison a effectivement servi de demeure à un sénéchal (sorte d’officier principal du seigneur chargé de rendre la justice) il est plausible qu’une sénéchaussée attenante ait existé comme le décrit Brothier.

Le souterrain était connu de Brothier, l’escalier qui y mène a donc du être comblé et fermé au début du XX°s. Il précise que le souterrain était déjà aveuglé.

A ce stade, toutes les hypothèses sont encore permises. Nous savons que côté sud, le long de la Dive, le bas-village était protégé par une enceinte.

Qu’en est-il du côté nord entre le prieuré et la Cousue ? L’éperon rocheux surplombant Bourpeuil à l’ouest et formant la côte de l’église à l’est pouvait servir de rempart naturel mais l’accès par le nord (cimetière et prieuré) semble trop dégagé pour ne jamais avoir été fortifié.

La maison du Sénéchal faisait-elle partie d’un système défensif ? Est-elle plus ancienne que ce que les ornements de façade nous en disent ?

Le souterrain avec quelques voutes en plein cintre le laisse penser.

 En descendant jusqu’au château

Brothier mentionne à plusieurs reprises l’existence d’une prison qui a pour nom la Goule hardie ou la Goularderie.

Cette prison est bien une réalité, c’est un souterrain plongeant à une dizaine de mètres et s’étendant sur environ 20m. A son extrémité se trouvait une minuscule salle. Les anciens y ont vu les anneaux scellés au mur et des chaînes. Encore présents au début du XX°s, ils ont disparu maintenant.

Entre la prison et le château, le parc et la maison bourgeoise actuels sont de création récente datant de la seconde moitié du XX°s.

Avant cette construction, la terre appartenait bien sûr au château et était appelée « la garenne ». En remontant le temps, il semble que cette « garenne » ait été le champ de foire de Morthemer qui a ensuite été déplacé vers le « Carrefour du chêne de la Dispute » où une foire s’est tenue jusqu’à la 2° guerre mondiale.

Le château et l’église

Sur cet ensemble, nous avons de nombreuses informations, documents et textes mais le tout émaillé de grandes zones d’ombre et d’incertitudes.

Les premières citations retrouvées concernant les seigneurs de Morthemer datent de la fin du X°s.
La première mention du village et de son château dans les textes date de 1077

La première mention de l’église Notre Dame date de 1110.

La construction du donjon a été réalisée entre 1100 et 1200.

Plusieurs campagnes de reconstruction, de modifications, de fortifications pour le donjon et l’église se sont succédées.

Le « petit château » reliant le donjon à l’église date du XVII°s

La restauration du château par Emile Boeswillwald, un élève de Violet le Duc a été effectuée entre 1862 et 1873. Avant cette restauration, l’ensemble avait une allure bien plus médiévale comme en témoigne cette photo prise aux alentours de 1860.

 

 

 Sources :

Article rédigé par Patrice Boileau 

 

 

 

 

 





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